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Pascal Dusapin juge du Prix de composition Tōru-Takemitsu 2021

Pascal Dusapin juge du Prix de composition Tōru-Takemitsu 2021

Pascal Dusapin, juge du Prix de composition Tōru-Takemitsu 2021, a sélectionné quatre œuvres orchestrales parmi celles de 91 compositeurs venus de 32 pays différents.
Les quatre œuvres sélectionnées seront jouées le 30 mai 2021 au Tokyo Opera City Concert Hall: Takemitsu Memorial pour la décision finale de Pascal Dusapin.

Voici quelques mots de Pascal Dusapin sur son travail de juge et à propos de chaque œuvre sélectionnée pour la finale du concours : 

J’ai procédé de la manière suivante. Tout d’abord, j’ai parcouru plusieurs fois l’ensemble des 91 partitions présentées. Au cours de ce premier examen, j’ai été frappé par des similitudes techniques et de traitement des matériaux orchestraux qui rendent à peu près impossible de deviner la nationalité des compositeurs au regard d’une culture. C’est une première remarque d’importance si l’on considère que ce prix rend hommage à Toru Takemitsu, considéré à juste titre au XXe siècle non seulement comme l’un des plus grands compositeurs mais aussi un pont entre la culture japonaise et occidentale. Et même s’il s'en défendait lui-même, prônant plutôt une universalisation de toutes les expressions, il  n’empêche que sa musique était hautement identifiable entre toutes.

Au cours de ces premières lectures, j’ai alors remarqué une multitude d’effets bruités, souvent les mêmes d’une partition à l’autre, notés de la même façon (cela indique sans doute une mondialisation des codes d’écriture propre à la vitesse des échanges …), souffles, cliquetis de clefs, slap, effets percussifs, multiphoniques, balayage d’harmoniques, etc… 

A de très nombreuses reprises, j’ai été surpris par une surcharge quasi systématique de l’écriture pour orchestre, une grande complexité rythmique et d’intonations micro-tonales qui rendent à mon sens, improbable, une exécution fidèle des intentions des compositeurs. Souvent, il ne m’a pas été possible, à la simple lecture, d’entendre ou même d’imaginer quel serait le résultat sonore tant les combinaisons d’effets instrumentaux sont différenciées et multiples voire énigmatiques.

Dans la mesure du possible, j’ai donc essayé de me mettre à la place du musicien qui joue - à sa place au sein de l’orchestre - et à quel sentiment collectif il pouvait se référer comme artiste pour interpréter la quantité d’ordres écrits. Cette dernière remarque a été le critère principal de ma sélection.

Néanmoins, toutes les partitions ne sont pas écrites sur les spécifications que je viens d’esquisser brièvement. J’ai souvent apprécié une grande virtuosité d’écriture, un niveau de maitrise technique supérieur à ce que je peux rencontrer habituellement et j’ai bien des regrets de ne pouvoir en distinguer plus de 4.

J’ai donc sélectionné quatre partitions dont je comprenais clairement les ambitions : forme, déploiement et gestion des matériaux, orchestration, organisation des espaces, verticalité (harmonies), horizontalité (lignes), élégance et discours. 

Pascal Dusapin

Giorgio Francesco Dalla Villa Breaking a Mirror

J’ai aimé dans cette pièce le déploiement de la forme toujours disposée de façon très lisible. Une orchestration aérée et transparente, avec une belle maîtrise des groupes instrumentaux, des timbres souvent à nu, exposés de façon limpide, des harmonies construites, sans compression. Le propos est sans ambiguïté, bien dessiné, très entendu.   

Jakob Gruchmann Tehom

J’ai aimé cet orchestre écrit au maximum de ses possibilités expressives, une inspiration à vif et les risques que son compositeur sait prendre avec beaucoup d’engagement. J’ai noté une grande virtuosité d’écriture, en pleine connaissance de l’orchestre, une authentique force lyrique et un certain radicalisme beau et farouche dans le discours.

Kohsuke Negishi Moonlight Hidden in the Clouds

J’ai aimé la fluidité des formes exprimée dans cette écriture d’une manière intelligible et naturelle. Les figures et lignes se déroulent au cours de l’œuvre de façon très organique, toujours bien orchestrées et parcourent l’ensemble des groupes instrumentaux avec beaucoup d’évidence. Grand sens et respect du geste instrumental.

Minchang Kang The echo of shadows, hallucination ... 

 J’ai aimé le goût et le sens des hauteurs, aussi le dessin des motifs mélodiques. L’orchestre est sans surcharge, avec des geste simples et beaux, doux et vif, toujours très contrôlé dans son expression. Il y a une grande élégance des formes orchestrales, aucune opacité dans les timbres, de beaux espaces harmoniques composés avec raffinement.

Plus d'informations sur le site du concours 

 

 

 

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