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Philippe Hersant - « Les Éclairs  »

Philippe Hersant - « Les Éclairs »

Plongée dans le New York de la révolution industrielle, avec le destin hors du commun de Nikola Tesla, habité par ses visions révolutionnaires sur l’électricité. L’écrivain Jean Echenoz adapte son roman pour la scène et Philippe Hersant signe son troisième opéra, pour cette création mondiale commandée par l’Opéra-Comique. Il nous en dit un peu plus ci-dessous :

Cela faisait plusieurs années que vous n'aviez pas composé un opéra, un genre que vous aviez enrichi d'œuvres, rares mais essentielles, par le passé. Pourquoi ce silence ?

Quinze ans, en effet, séparent Le Moine noir des Éclairs. Mais ce long silence n’est pas dû à un quelconque désintérêt pour le genre lyrique; j’ai eu quelques projets d’opéra durant ces années, mais ils n’ont pas abouti. Le hasard des commandes m’a poussé vers d’autres horizons : un grand nombre d’œuvres sacrées et d’œuvres chorales, notamment, ont jalonné toute cette période.

Quelles ont été les principales raisons qui vous ont convaincu de vous atteler à la tâche ?

Olivier Mantéi m’a contacté dès son entrée en fonctions à l’Opéra-Comique. Mais comme je l’ai dit, certains projets n’ont pas abouti. Lorsqu’il m’a proposé de mettre en musique le livret qu’il avait commandé à Jean Échenoz, j’ai tout de suite été intéressé. Tout d’abord à cause de l’admiration que je porte à cet écrivain. Et aussi parce que j’ai trouvé dans ce livret des thèmes proches de ceux de mes opéras précédents, mais sous une forme très différente, ce qui me permettait de me renouveler. L’innovation scientifique est au cœur de l’action du Château des Carpathes et des Éclairs - et le personnage du Baron, chez Jules Verne, fait songer à Edison. Quant au Gregor des Éclairs (inspiré par Nikola Tesla), il ressemble un peu à Andreï, le héros du Moine noir : brillant, génial, mais un peu fou et inapte à vivre en société. 

Voilà pour les points communs. Mais le rythme, imposé par ce livret, diffère totalement de celui, assez lent, de mes deux opéras précédents. Il n’y a pas de répit dans le livret de Jean Échenoz, il s'y passe énormément de choses. Les scènes sont brèves, s'enchaînent à vive allure et sont extrêmement variées : comiques, sentimentales, ironiques ou horrifiques. C’est ce qui m’a séduit. 

Fort de votre expérience, quels « pièges » avez-vous évité ? Comment jugeriez-vous a posteriori cette nouvelle aventure par rapport à celles du Château des Carpathes ou du Moine noir ?

Il y avait dans mes précédents opéras un certain statisme. Et la partie orchestrale était souvent prédominante, peut-être, parfois, un peu envahissante.  Dans les Éclairs, l’écriture orchestrale est moins dense et l’équilibre voix-orchestre est mieux dosé. J’ai souhaité être fidèle au titre. Les éclairs ! Tout va vite ici, tout s’enchaîne et parfois même se télescope. Le livret de Jean fait songer à un scénario de film. J’ai tenté de garder cette fluidité cinématographique.

Comment souhaiteriez-vous dans l'idéal que le public de l'Opéra-Comique aborde la création ? Certaines œuvres musicales (vos derniers enregistrements), littéraires (les romans de Echenoz), filmiques (Le Prestige...) ou documentaires (histoire de la science) pourraient-elles faire sens ?

Je pense qu’il serait intéressant pour le spectateur de lire le roman Des Éclairs - à la fois très proche et très différent du livret. Jean Échenoz a accompli là un grand travail d’adaptation. C’est une réécriture complète, une transposition de genre très réussie. 

Et oui, bien sûr, c’est l’occasion de voir Le Prestige de Christopher Nolan, ne serait-ce que pour l’incarnation de David Bowie en Tesla. Le personnage a même intéressé des auteurs de séries : Tesla apparaît dans quelques épisodes des Enquêtes de Murdoch. On lui a consacré tout récemment un biopic, mais je ne l’ai pas vu.

Pourquoi aussi ne pas aller faire une visite au petit musée Tesla de Belgrade ? On y voit beaucoup de photos et de documents, des cannes, des chapeaux, des costumes lui ayant appartenu (c’était un vrai dandy), mais surtout, on peut assister à une expérience à haute tension, avec la bobine de Tesla et des tubes de néon. Frissons et éclairs garantis. 

Ou bien (c’est plus simple !) une petite visite au musée du Luxembourg où l’on expose cet automne des photos de Vivian Maier. Belle façon de se plonger dans l’atmosphère new-yorkaise.

 

Philippe Hersant - Les Éclairs
opéra
Création mondiale : 2, 4, 6, 8 novembre 2021
Opéra-Comique (Paris)
Orchestre Philharmonique de Radio France
Ensemble Aedes, chœur 
Jean-Christophe Lanièce, Gregor
André Heyboer, Edison
Elsa Benoit, Betty
Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, Ethel
Jérôme Boutillier, Parker
François Rougier, Norman
Stéphane Lara, Antoine Pinquier, figurants
Ariane Matiakh, direction
Plus d'informations...

 

 

Illustration Opéra-Comique © Julia Lamoureux 
Photo Philippe Hersant © Cathy Bistour

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