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Benjamin Attahir - « insinuarsi »

Benjamin Attahir - « insinuarsi »

Création de la symphonie concertante de Benjamin Attahir à Lausanne 

Il n'est jamais anodin de partager l'affiche avec un monstre sacré comme Mozart : c'est ce qui arrivera à Benjamin Attahir les 4 et 5 mai prochain alors que Renaud Capuçon et Gérard Caussé créeront avec l'Orchestre de Chambre de Lausanne (sous la direction du violoniste) sa Symphonie Concertante, enchâssée par la remarquable KV 297 (la Concertante pour instruments à vents) et la célébrissime KV 364 (celle pour alto, l'instrument de Mozart, et violon). Il fallait qu'il y ait à l'origine de cette formidable aventure rien de moins qu'une formidable histoire : c'est celle que nous raconte le compositeur dans cette nouvelle « confession », digne de ses glorieux précédents chez Rousseau : 

Septembre 2016.

À peine installé dans les murs de la Villa Médicis, je découvre sa bibliothèque logée sous les arcades des galeries. C'est un choc. Et je me mets à rêver. Dévorant les anciens volumes de partitions, annotés, dédicacés de la main de ces illustres prédécesseurs-pensionnaires, je cherche quelque chose qui pourrait me connecter à eux, qui puisse faire entrer en résonance le présent avec ce passé tant fantasmé. Un objet égaré dans le temps. Mon écriture comme un simple lien, une petite lumière portée sur ce qui a permis un aujourd'hui.

En vain.

On me parle de certains manuscrits encore conservés ici, de très belles copies d'opéras italiens, mais il s'agit d'ouvrages assez connus, qui hélas n'ouvre guère mon imaginaire.

Tant pis pour moi, je n'aurais pas découvert la perle rare en ce lieu.

Août 2019.

De retour à Rome, je prends toujours plaisir à passer du temps dans cette bibliothèque, à me perdre dans ses ouvrages disparates, accumulés au gré du passage des années et des êtres.

Au détours d'une discussion, on me dit qu'il y a une boite de manuscrits que je n'aurais pas ouverte. Ce serait des fragments de partitions, éparses et mélangées. Bien sûr que je voudrais l'ouvrir.

Et là je trouve enfin.

Trois parties copiées sur du papier à l'italienne d'un concerto pour violon principal ; violon solo, violons II et cor II.

Immédiatement – sans même savoir de quelle compositeur il puisse s'agir – je pense à reconstituer les parties manquantes. Comment et dans quelle esthétique ? Je l'ignore encore, mais l'envie est irrépressible.

Le soir même, je me mets à chercher d'auteur de ce concerto. Cela ressemble à si méprendre à une pièce de Giovanni Battista Viotti, compositeur que tous les d'apprentis-violonistes connaissent. Mais rien dans ses 29 Concerti ne correspond. J'écume les catalogues d'autres virtuoses de cette époque, toujours rien. J'abandonne, en pensant faire fausse route, ignorant tout de cette musique fragmentaire.

Juillet 2021.

Nouveau passage dans la « ville éternelle ». Je retourne à la villa. Je réouvre le cartons de manuscrits. Et là, c'est l'évidence. Reprendre les Concerti de Viotti. Comparer avec les idiomes de l'écriture, les gestes instrumentaux, l'organisation des mouvements et leurs dénominations, le traitement de l'orchestre... Tout est là, quasi à l'identique.

J'entrevois alors la possibilité d'un concerto inédit.

Cela concorderait : Viotti, directeur du théâtre italien à Paris, au même moment à Rome ; déménagement de l'Académie de France à la Villa Médicis, ouverture aux pensionnaires compositeurs. Nous sommes juste après 1803, Viotti ne s'éteindra qu'en 1824.

Un jeu de copie envoyé ou même réalisé à Rome pour l'étude du genre concertant, voire pour une exécution ?

Si beaucoup de questions restent en suspens, l'idée purement artistique d'une réalisation autour de ce matériau fragmentaire s'est imposée à moi, de manière irrépressible.

A l'effectif originel, j'ai uniquement adjoint l'alto concertant qui, lorsqu'il ne se partage pas la partie soliste avec le violon, projette l'ombre du XXI° siècle sur les figures virtuoses et idiomatiques de l'ère classique voire pré-romantique.

La ré-invention des parties manquantes est elle aussi marquée du sceau de la modernité ; oscillant d'un côté entre ultra-définition des gestes instrumentaux, glissement syntaxique du monde harmonique et d'un autre, mettant en scène une liberté interprétative résidant dans la réalisation de figures musicales semi-aléatoires s'appuyant sur une trajectoire harmonique déterminée, sorte de réinterprétation moderne de l'esprit du continuo baroque.

Benjamin Attahir - insinuarsi
double concerto pour violon et alto
Création mondiale : 4 & 5 mai 2022
Salle Métropole - Lausanne
Orchestre de chambre de Lausanne
Renaud Capuçon, violon et direction
Gérard Caussé, alto
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