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Benjamin Attahir -

Benjamin Attahir - "Layal"

Fait trop rare dans la vie musicale d’aujourd’hui, de surcroit lorsque le concert inclut une grande symphonie de Mahler, un orchestre allemand de tout premier plan (la prestigieuse Staatskapelle de Berlin) sous la direction d’un maitre incontesté, Daniel Barenboim créera le 2 mai prochain une symphonie concertante de la plume d’un très jeune compositeur français, Benjamin Attahir. Commandée par la Barenboim Stiftung, l’œuvre s’insère dans la collaboration fertile et au long cours entre le compositeur et le virtuose Renaud Capuçon.

 

Votre fidélité, remarquable elle aussi, à Renaud Capuçon et à Daniel Barenboim. La création de Layal le 2 mai prochain par la prestigieuse Staatskapelle de Berlin, couplée avec une symphonie de Mahler, est un événement sans comparaison pour un jeune compositeur. En quoi le violon de Renaud Capuçon vous inspire-t-il ? Pourriez-vous retracer votre compagnonnage avec cet artiste ?

 

Renaud Capuçon a un jeu d'une qualité rare ; mêlant le plus grand raffinement et une immense sensibilité à une compréhension intime et profonde de la musique qu'il donne à entendre. C'est une chance, pour nous autres compositeurs, d'avoir un tel héraut. J'ai eu le bonheur de faire une première rencontre musicale avec cet artiste à la Villa Médicis lors de ma résidence. Ça a été tout de suite une évidence tant dans le travail – si simple et facile avec lui – que dans son humanité qui embrasse tout. J'avais alors écrit à son intention un long solo de violon, chose que j'ai réitérée une année plus tard mais cette fois-ci en y ajoutant la voix d'une comédienne au sein d'une pièce dramaturgique de plus grande échelle. De projet en projet, nous avons pu créer une réelle complicité et une confiance extrêmement solide ; je lui en suis vraiment reconnaissant. Cela nous a mené à présenter une large pièce pour violon, soprano et orchestre à Toulouse puis à Lisbonne la saison dernière. En outre cette relation d’interprète, Renaud n'a eu de cesse de présenter ma musique dans plusieurs festivals qu'il dirige. C'est un soutien rare pour un jeune compositeur de la part d'un tel musicien.

 

Le genre concertant est "votre" genre par excellence, le violon "votre" instrument, vous avez déjà servi les deux avec deux pièces qui font date dans le répertoire contemporain. Comment avez-vous renouvelé votre discours et quels sont les choix formels propres à Layal ?

 

J'ai souhaité baser cette pièce sur le modèle de la symphonie concertante. En effet, le violon qui prend part à l'action peut aussi bien la mener que la suivre, donner l'impulsion ou commenter ce qu'il se passe autour de lui. C'est une différence fondamentale par rapport à mon approche habituelle du genre ; où tout émane du soliste. Nous sommes ici face à une forme basée sur guère plus que deux ou trois éléments musicaux ouvrant sur des espaces sonores nocturnes. Layal signifie « nuits » en arabe, ce qui – au delà de la couleur générale de la pièce – fait écho au nom d'un autre immense violoniste à qui elle rend un bien modeste hommage, le grand Isaac Stern, qui aurait eu cent ans cette année. 

 

Création mondiale

2 et 3 mai  2020, Staatskapelle Berlin, Renaud Capuçon (violon), Daniel Barenboim (dir.), Staatsoper Unter den Linden (Berlin)

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