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Hèctor Parra, Un souffle en suspens

Hèctor Parra, Un souffle en suspens

L'ensemble Risonanze Erranti, dont on parle beaucoup désormais dans les pays germaniques, animé et dirigé par Peter Tilling, présente le 23 novembre prochain au Mozarteum de Salzburg le nouvel opus d'Hector Parra, un Souffle en Suspens sous forme de vaste fresque monodramatique pour 15 instruments. Chaque création du compositeur des Bienveillantes ovationnées par public et critique unanimes (qu'on retrouvera à Nuremberg en fin de saison) est naturellement attendue désormais avec une extrême gourmandise !

 

Un souffle en suspens naît d’un côté d’une envie de Peter Tilling, le chef allemand qui a créé mon opéra Das geopferte Leben en 2014. Mais aussi de ma découverte de Te craindre en ton absence de Marie NDiaye, un texte sublime qu’elle avait écrit pour la création de mon monodrame du même nom aux Bouffes du Nord en 201. C’était un texte fluide, tragique, sur une femme de 50 ans, sans enfant, au crépuscule de son existence, qui trouve une raison de vivre en accusant sa mère de ne pas l’avoir aimée.

De ces deux œuvres découle Un souffle en suspens qui est aussi une phrase tirée de Te craindre en ton absence. C’est finalement l’adaptation pour ensemble de ce monodrame. C’est la fragilité acoustique et physiologique qui m’intéresse dans cette pièce sans voix, avec par exemple des sonorités sifflées à la flûte, contrastées avec des écrasements, des sonorités plus massives. Un ensemble instrumental a aussi sa dramaturgie et peut être considéré comme un monde en soi. C’est toute l’humanité qui en résulte que je veux faire entendre à l’auditeur.

Dans la première version de l’œuvre, l’ensemble était moins important car soutenu par l’électronique et la voix d’Astrid Bas qui jouait le rôle de la femme et qui disait le texte de Marie Ndiaye de la façon la plus simple, directe, sincère, intime ; la voix n’était pas projetée. C’est l’ensemble qui exprimait d’une façon lyrique, musicale et acoustique les émotions de cette femme. Pour la création à venir, il n’y aura pas de voix, donc lorsque je me suis retrouvé confronté à ce texte, je n’ai pas simplement soutenu musicalement les émotions du personnage, j’ai composé avec mes propres émotions ressenties vis-à-vis de la vie intime de cette femme. Ce qui pousse parfois à composer une musique en contradiction avec la dramaturgie du personnage, c’est là qu’un dialogue s’instaure entre le compositeur et les personnages et c’est cela qui, à mon sens, fait la richesse d’un personnage d’opéra.

Je pourrais résumer la temporalité d’Un souffle en suspens comme cyclique, qui au fur et à mesure se décale et donc évolue pour finalement avoir une progression linéaire qui nous emmène du début, très obscur, trouble et bizarre aussi, jusqu’à la fin plutôt lumineuse mais avec une couleur un peu triste par la situation du personnage central pour qui la réalité s’atomise d’une certaine façon. En résumé, c’est une pièce d’un sombre lyrisme.

 Hèctor Parra (2019)

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