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Georges Aperghis - « Le Petit Chaperon rouge »

Georges Aperghis - « Le Petit Chaperon rouge »

« Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eut su voir. »

Les conteurs de tout temps s'accordent là-dessus, ainsi que sur le fait qu'en passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup. Sur la suite des événements, les avis sont partagés - des frères Grimm à Tomi Ungerer.

Georges Aperghis reprend dans sa pièce de théâtre musical Le Petit Chaperon Rouge  la version écrite la plus ancienne du conte : c'est en 1697 que Charles Perrault introduit la belle enfant au chaperon rouge dans l'histoire de la littérature. Contrairement aux Frères Grimm, il renonce au Happy End. Aucun chasseur ne sauve le Chaperon Rouge et la Grand-Mère du ventre du Loup. A la place, une moralité avertit les jeunes filles de se méfier des animaux féroces et roublards.

Georges Aperghis met en musique cette ancienne version du conte. À l'aide d'instruments, de voix et de corps, l'ensemble Reflex en réinvente chaque facette. Aperghis ne change rien au texte, mais déconstruit l'histoire morceau par morceau. Chaque événement est passé à la loupe. Les mêmes passages apparaissent à plusieurs reprises dans des contextes sonores et visuels différents, parfois de façon illustrée, parfois d'une manière plus abstraite. Cependant l'action reste fluide comme un rêve d'enfant.

Les personnages se transforment constamment, les uns deviennent les autres, s'échangeant masques et rôles. Soudain le Loup porte un chaperon rouge et le Petit Chaperon rouge un visage de loup. Des images énigmatiques apparaissent et disparaissent. Un tuba joue seul, le piano droit se transforme en castelet, un chou entre en scène, un bâton de rhubarbe et un poireau l'en font ressortir. La connexion se fait dans les têtes des spectateurs. Des thèmes récurrents jouent avec la mémoire du public et provoquent des associations diverses. En 50 minutes, Georges Aperghis nous fait découvrir la poésie grinçante cachée dans ce conte.

Il convient ici de parler de superproduction par tout ce qui fait notre plaisir lorsque le grand cinéma s’offre le luxe de la poésie. Le conte de Perrault est ici parfaitement accessible alors que les rôles valsent d’une tête à l’autre. Une sorcière certainement transforme des fleurs en chou, mais c’est bien le minimum. Conte de fée, comédie musicale, dessin animé finalement méchant - on ne pourra que noter une discrète référence à Tex Avery. Pour petits et grands, avec ou sans guide. Tous les niveaux de lecture et d’écoute sont autorisés. Le plaisir des sons. Les six « Reflex » sont parfaits dans ces rôles. Très certainement une œuvre qui interrogera la réalité du conte et des conteurs d’aujourd’hui... du théâtre musical, donc.

Dominique Répécaud

Georges Aperghis - Le Petit Chaperon Rouge (d'après le texte de Charles Perrault)
Théâtre musical
Du 5 au 12 décembre 2020 - Sous réserve de diffusion numérique
Amphithéâtre de l'Opéra Bastille - Paris
Ensemble Justiniana - Compagnie nationale de théâtre lyrique et musical 
Richard Dubelski, préparation musicale
Charlotte Nessi, mise en scène
Axel Delignières, comédien
Arthur Goudal, comédien
Anna Swieton, violon
Carjez Gerretsen, clarinette
Eric Lamberger, clarinette
Patrick Ingueneau, saxophone

Teddy Gauliat-Pitois, piano

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