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Altinoglu : Suite de Concert "Pelléas et Mélisande" Altinoglu : Suite de Concert

Posté par Durand Salabert Eschig le 20 septembre 2017

SUITE DE CONCERT "PELLÉAS ET MÉLISANDE " DE CLAUDE DEBUSSY PAR ALAIN ALTINOGLU

Jeudi 21 septembre à la Philharmonie de Berlin, le chef Alain Altinoglu présentera la première mondiale de sa Suite de Concert d’après Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Avec ce concert, le chef fera ses débuts à la tête du Berliner Philharmoniker. Rencontre.

 

La Suite de Concert érigée d’après un ouvrage lyrique, généralement conçue par un chef d’orchestre, était une forme très courante au XIXe et XXe siècle. Quel regard portez-vous sur ce genre ?

En général, la suite de concert résultait de la juxtaposition de morceaux choisis dans une œuvre longue afin d'être joué en concert. Cela a permis la diffusion et la popularisation de nombreux chefs d'œuvres du ballet ou de l'opéra ; Daphnis et Chloé de Ravel, les musiques chorégraphiques de Prokofiev ou Bacchus et Ariane de Roussel, les exemples sont nombreux. Je trouve très intéressant de remarquer les choix réalisés par les compositeurs (ou ceux qui ont eu la charge d'agencer la suite) et ce qu'ils ont gardé de leur projet initial : cela nous permet d'imaginer l'importance qu'avaient les différents extraits pour eux et peut-être même leur satisfaction de les réutiliser. 

Comment avez-vous procédé pour la sélection et la « couture » de ces extraits ?

Claude Debussy a dû composer dans l'urgence les interludes orchestraux de Pelléas et Mélisande... On s'était aperçu quelque temps avant la première représentation que la musique composée n'était pas assez longue pour les nombreux changements de décors. Il a fallu rajouter près de 150 mesures de musique. Je me suis basé principalement sur ces interludes pour élaborer ma suite. J'ai voulu conserver la dramaturgie de l'œuvre et ai suivi l 'ordre chronologique depuis l'introduction lente et sombre de l'opéra jusqu'à la lumière du do dièse majeur final qui suit la mort de Mélisande.

Faut-il voir (et entendre) Mélisande mourir au concert ?

Je crois qu'il était indispensable de garder la fin de Pelléas. Tous les grands opéras finissent par une scène sublime (et souvent profondément émouvante) comme dans Carmen ou SaloméJe ne souhaitais pas faire jouer les parties chantées par un instrument mais garder l'atmosphère orchestrale. Curieusement, la plupart des extraits se sont enchaînés comme par magie, et en conservant un esprit très Debussyste du point de vue de la construction harmonique : il n'y a pratiquement pas de cadence parfaite dans Pelléas !

Vous dirigez l’unique opéra de Debussy dans les plus grandes maisons, quel est votre lien avec cet ouvrage spécifique qui a révolutionné l’opéra ?

Je jouais les pièces pour piano de Debussy depuis mon plus jeune âge et j'y prenais un grand plaisir. J'ai découvert Pelléas vers l'âge de 13-14 ans je pense. J'avais emprunté la partition à la bibliothèque de mon conservatoire. Quelques temps plus tard, un ami chanteur m'avait demandé de l'accompagner dans le rôle de Golaud qu'il voulait apprendre car il rêvait de le chanter (ironie du sort : il deviendra l'un des grands titulaires du rôle de Pelléas !). Et puis au Conservatoire de Paris, lorsque j'étais en classe d'accompagnement vocal, j'ai eu la chance de suivre une masterclass de Irène Aitoff sur Pelléas. J'étais sidéré car elle jouait et chantait tout l'opéra par cœur ! C'était comme si elle nous passait un peu des secrets de Pelléas. Et puis, j'ai lu énormément sur Debussy et consulté les nombreux manuscrits. J'ai voulu préparer longuement cette œuvre et finalement ce n'est qu'assez tard que j'ai dirigé ma première production de Pelléas, en 2016.

La première mondiale de cette Suite de Concert sera donnée à l’occasion de vos débuts à la tête du Berliner Philharmoniker. Pierre Boulez louait les qualités esthétiques de cette prestigieuse formation pour donner la musique française. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

Je suis très impatient de rencontrer cet orchestre mythique et ses musiciens. Même si je connais déjà certains solistes des Berliner, je n'ai pas encore eu la chance de les diriger. Ils ont les qualités indispensables à l'interprétation de la musique de Debussy : couleurs, plasticité et poésie. 

Concerts les 21 - 22 - 23 septembre 2017 à la Philarmonie de Berlin - Information et réservation

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