Lire & Ecouter

Hèctor Parra, Three Shakespeare Sonnets Hèctor Parra, Three Shakespeare Sonnets

Posté par Durand Salabert Eschig le 25 mai 2017

Hèctor Parra a choisi de s’inspirer de 3 sonnets de William Shakespeare (les 18, 19 et 20) pour écrire ce nouvel opus pour ténor et orchestre qui sera donné en création mondiale le 28 mai 2017 par le Freiburger Barokorchester sous la direction de Jérémie Rorher et le ténor Julian Prégardien à la Kölner Philharmonie. 

Entretien avec Hèctor Parra :

Quelle est la genèse du projet ? Comment furent choisis les trois Sonnets ?

Il y a un an et demi, Louwrens Langevoort, Directeur de la Philharmonie de Cologne, m'avait commandé une composition pour ténor et orchestre baroque de huit minutes environ. L'orchestre était précisément la Freiburger Barockorchester, avec qui j’avais déjà travaillé en 2014 lors de la création de mon opéra Das geopferte Leben, et le ténor, le formidable Julian Prégardien. Ce fut Louwrens lui-même qui m’avait suggéré de mettre en musique le Sonnet 20. Peu après, je me suis rendu compte que c’était le groupe de trois Sonnets 18-19 et 20 qui me permettraient de donner un vrai sens et de l’autonomie musicale à ma composition, de sorte que finalement le travail est devenu un petit cycle plus développé, d’environ 12 à 13 minutes.

Comment mettre en musique Shakespeare ? Quelle est la force musicale de sa langue ?

Pas besoin d'avoir l'anglais comme langue maternelle pour se rendre compte que la langue de Shakespeare est pure musique, dans toutes ses dimensions ; soient-elles acoustiques, sémantiques ou bien évidemment poétiques. Et les Sonnets sont en ce sens caractéristiques. En eux, Shakespeare concentre toute sa vision de la fragile condition humaine : comment l'amour sublimé par la seule réalisation artistique nous permet de survivre au sort tragique qui nous attend en tant qu’êtres conscients. Le tout, à travers une langue incomparablement belle et forte, pleine d'ironie et d’une concentration de pensée presque aphoristique, ainsi que d’étonnants jeux de mots et sonorités. En ce sens, pour composer mon cycle, pour offrir une voix chantée aux sonnets 18-19 et 20, j’ai été largement inspiré par les rythmes intérieurs – toujours légèrement asymétriques et fluctuants – et les tonalités stupéfiantes d’intimité et fortes des déclamations enregistrées par des acteurs anglais actuels. Parmi lesquels, certains sont spécialistes en Original English – l’anglais de l’époque de Shakespeare – tels que Ben Crystal, ainsi que d'autres grands acteurs shakespeariens comme Patrick Stewart ou David Tennant.


Y-a-t-il une adaptation de votre écriture pour les instruments anciens ? Votre grammaire musicale usuelle est-elle modifiée ?

Oui, sans doute. Les instruments anciens ont des possibilités étonnantes et d’une grande richesse, mais qui ne sont pas exactement les mêmes que celles offertes par les instruments modernes. Ainsi, plutôt que d’adapter mon écriture, j’ai exploré d’autres facettes de ma pensée musicale, d’autres gestes, textures et couleurs, lesquels sont impossibles à développer avec les instruments modernes, et cela de manière très personnelle.


Quel regard portez-vous sur la rencontre temporelle et esthétique d’un orchestre type du XVIIIe siècle et d’un langage du XXIe siècle ?

Il convient de garder à l'esprit que, bien que les orchestres de musique ancienne sont faits pour interpréter la musique des siècles passés avec le plus haut degré d'authenticité, ces formations sont un produit de la seconde moitié du XXe siècle et ont été conçus par de grands artistes notre temps comme Nikolas Harnoncourt ou Gustav Leonhardt. Ainsi, nous pouvons considérer qu’ils nous apportent, en tant que créateurs, un nouveau regard sur le geste et le son instrumental, peut-être plus agile et moins « gonflé », et une orchestration certainement moins fondée sur l'accumulation saturant et plus proche du concept de résonance et de vibration par sympathie physique. Par conséquent, l'écriture pour une telle formation ne signifie pas nécessairement revisiter en permanence, de façon littérale les styles du passé, mais plutôt de repenser radicalement la façon d'aborder l'écriture de l'énergie instrumentale ainsi que l'expression du geste qui la produit.


Quels sont vos prochains projets ?

Actuellement je travaille sur Inscape, une œuvre pour grand orchestre, seize solistes de l’Ensemble Intercontemporain distribués dans l’espace de la salle, avec électronique en temps réel Ircam. Il s’agit d’un voyage psychoacoustique dans un trou noir, d’une expérience imaginaire que nous avons pensée ensemble, en détail avec le physicien Jean-Pierre Luminet, spécialiste mondial en la matière.  Je travaille aussi depuis quelques mois, sur une œuvre symphonique de grande envergure pour l’Orchestre National d’Espagne ainsi que l’Orchestre National de Lille, Avant la fin… vers où ?. J’ai aussi en projet : Orgia – Irrisorio alito d’aria, une œuvre qui combine justement un ensemble baroque, Concerto Köln, et l’ensemble de musique actuelle Musikfabrik.

Retour
  • Partager