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Magrané Figuera écrit pour "Genesis" Magrané Figuera écrit pour

Posté par Durand Salabert Eschig le 28 février 2017


"Genesis" est le manifeste de l'une des missions essentielles de l'Ensemble Intercontemporain : la création

Matthias Pintscher a donc eu l'idée de proposer à 7 compositeurs de créer chacun une oeuvre à partir de l'un des 7 jours de la création selon le récit biblique de la Genèse. Le concert aura lieu à la Cité de la musique le 30 mars 2017. A propos du concert.

Joan Magrané Figuera s'est vu confier le cinquième jour avec sa pièce intitulée : Marines i boscatges.

Marines i boscatges (5è dia de la creació) (2016)

Joan Magrané Figuera est, à l’heure actuelle, le benjamin des compositeurs espagnols publiés par Durand Salabert Eschig. Même si le compositeur n’a pas encore atteint la trentaine, quatre de ses pièces ont déjà été jouées par l’Ensemble InterContemporain : d’une part, dans un cadre pédagogique, son trio  Un Triptyque voilé (2014) et son quintet mixte Bréviaire de l’aurore (2014) ; d’autre part, par l’intermédiaire d’une commande professionnelle, son Fragments d’Ausiàs March (2016) pour voix et ensemble, et sa pièce pour quatorze instruments Marines i boscatges (5è dia de la creació).Cette dernière est une commande de Matthias Pintscher à l’occasion du 40e anniversaire de l’Ensemble InterContemporain, dans un projet qui, autour des sept jours de la Genèse, implique le même nombre de pièces – d’environ dix minutes – commandées à Mark Andre, Franck Bedrossian, Chaya Czernowin, Stefano Gervasoni, Joan Magrané Figuera, Marko Nikodijevic et Anna Thorvaldsdottir. Magrané Figuera compose alors la musique pour le cinquième jour, celui où Yahvé dit : « Que les eaux produisent en abondance des animaux vivants, et que des oiseaux volent sur la terre vers l'étendue du ciel ». Ainsi, Marines i boscatges fait allusion dès son titre à ce verset biblique, à la luxuriance de la vie de la mer et des forêts. Afin de nourrir son imagerie poétique, le compositeur catalan a pris son inspiration d’un célèbre tapis de la Cathédrale de Girone qui illustre les sept jours de la Création. Ce type de stimuli exogène à la musique est presque une constante tout au long de l’œuvre de Magrané Figuera : références picturales et littéraires parcourent souvent son œuvre. À cet égard, il affirme dans un texte de circonstances pour l’ensemble basque Ciklus : « en raison de la nature inéluctablement abstraite de la musique, il est nécessaire d’accorder des références extramusicales. […] Dans le cadre d’une telle proposition […] l’approche de l’idée de madrigalisme est incontournable ».

On retrouve le parfum madrigaliste partout dans Marines i boscatges. En effet, certains recours compositionnels sont tout à fait évocateurs des éléments naturels implicites dans le titre, pratiquement en exerçant un rôle figuraliste. Par exemple, la concaténation de plusieurs impulsions presque périodiques, à la manière d’un souffle, peut faire penser aux vagues de l’océan. Par ailleurs, certaines trames polyphoniques entravées par un usage très raffiné du timbre font rêver à une jungle pleine d’oiseaux ; pourrait-on même penser à une référence très cachée au Prêche aux oiseaux de l’opéra d’Olivier Messiaen ? Au milieu de la pièce de Magrané Figuera, la référence culturelle la plus symbolique émerge : le compositeur catalan cite – avec le célesta, la harpe, la petite flûte et les percussions métalliques – le madrigal  The Silver Swann (1611) d’Orlando Gibbons. En effet, le cygne, oiseau aquatique, symbolise la charnière entre les eaux et le ciel.

Jose Luis Besada

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