Lire & Ecouter

A propos d'Alexandre Tansman A propos d'Alexandre Tansman

Posté par Durand Salabert Eschig le 14 novembre 2016

« Marvellous, wonderful, splendid, you are a genius ! » déclara un soir de décembre 1927 George Gershwin à Tansman, après la création triomphale  de son Second Concerto pour piano à Boston. L’œuvre dédiée à Charlie Chaplin, fut rejouée avec un immense succès l’été suivant par le pianiste Robert Schmitz à l’Hollywood Bowl de Los Angeles devant près de vingt mille personnes. Les acclamations, en l’absence du compositeur, se portèrent au dédicataire, alors obligé de venir saluer sur scène.

Né en Pologne, Tansman avait reçu, dès son arrivée à Paris, le soutien de Ravel qui reconnut immédiatement la personnalité et le talent du jeune compositeur. Très vite les meilleurs chefs d’orchestre de l’époque Golschmann, Mengelberg, Koussevitzky, Stokowski, Monteux commencèrent à diriger sa musique. Tansman effectua en 1932-1933, comme compositeur et pianiste, un tour du monde qui le conduisit aux USA, au Japon, en Chine, aux Philippines, à Singapour, en Indonésie, à Ceylan, aux Indes, en Égypte. Lors de son étape à New York ses Quatre Danses polonaises furent jouées par la Philharmonie au Carnegie Hall sous la direction de Toscanini. Ce périple devait confirmer son intérêt jamais démenti pour la diversité des cultures du monde.

Tansman déclara « Je ne revendique pas d’être un compositeur moderne ; je suis un musicien de mon temps. Cela signifie que j’essaie de poursuivre le but fondamental et immuable de la musique avec les moyens de mon temps… »

Tout au long de son œuvre, il privilégiera l’attitude esthétique consistant à contrôler par l’intelligence l’expansion de la sensibilité. Sa création aux tendances polystylistiques résulte d’un syncrétisme culturel et intellectuel, fruit de ses origines polonaises et hébraïques et de sa trajectoire biographique. Aussi intégra-t-il des rythmes et des modes d’activités sonores proches du jazz ou s’inspira-t-il des sonorités raffinées des musiques de l’Extrême-Orient.

Dès ses premières compositions, encore en Pologne, il commence à expérimenter de nouvelles combinaisons harmoniques évoquant les sonorités polytonales de Stravinsky ou Milhaud qu’il ne connaissait pas alors, même s’il ne s’interdira jamais de construire des lignes mélodiques aux inflexions modales de la musique populaire polonaise. Et souvent sa musique frôlera l’atonalité avec l’usage d’un chromatisme exacerbé, enrichie même, dans ses dernières années, de colorations harmoniques en clusters ou d’allusions dodécaphoniques.

Son langage rythmique intègre des éléments de danses polonaises (Symphonie n°2, 1926), possède une vigueur centre européenne proche d’un Bartók (Triptyque) ou emprunte au jazz (Symphonie concertante, 1931).

Il avait fait dans sa jeunesse de sérieuses études de contrepoint. La fugue, conçue comme processus sonore moteur (final de la Symphonie n°4, 1939), et non comme forme scolastique, restera toujours présente jusqu’à ses dernières œuvres.

Car la musique de Tansman possède une énergie vitale, une impétuosité  dans les mouvements vifs qui sont fondés sur des éléments sonores dynamiques s’engendrant de manière presque organique, dans une forme orientée vers un climax, plus que sur une thématique traditionnelle. Dans les mouvements lents, par contraste, le caractère intériorisé, méditatif ou interrogatif, laisse éclore un lyrisme qui parfois prend une tournure proche de l’aria.

À partir de 1954, il élargit son orchestration en mettant en valeur les claviers (piano, célesta), vibraphone, xylophone, glockenspiel et autres percussions dont l’emploi rappelle les sonorités du gamelan indonésien.

Tout comme chez Janáček, on ne constate chez Tansman aucun fléchissement de l’inspiration qui reste, jusqu’à ses ultimes compositions, d’une inventivité éblouissante.

Gérald Hugon (mai 2016)


Tansman - Quatre Mouvements pour orchestre (extrait)

Tansman - Six Mouvements pour orchestre à cordes (extrait)

Tansman - Stèle in memoriam Igor Stravinsky (extrait)

Tansman - Rapsodie polonaise (extrait)

Tansman - Cappricio pour orchestre (extrait)

Tansman - Concertino pour piano et orchestre (extrait)

Tansman - Concerto pour orchestre (extrait)

Tansman - Concerto pour violon et orchestre (extrait)

Tansman - Elégie (extrait)

Tansman - Symphonie n° 8 (extrait)

Retour
  • Partager